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Tanguy Viel "Rejouer la brûlure inquiète de l'enfance" - Portail de la Bibliothèque du Finistère

Interview en octobre 2017 pour le magazine Penn ar Bed, lors d'une rencontre organisée par la Bibliothèque du Finistère.

Avec Article 353 du Code Pénal, l'auteur d'origine brestoise signe un roman très noir, très puissant, entre écriture ciselée et séquences quasi-cinématographiques, son dernier opus plonge le lecteur dans la tragédie d'un personnage passif et mélancolique qui est conduit à l'irréparable... Frémissements et suspense garantis.


SEPT ROMANS EN VINGT ANS ET AUTANT DE PROPOSITIONS LITTÉRAIRES. COMMENT POURRIEZ-VOUS QUALIFIER VOTRE IMAGINAIRE ?

En fait, les motifs qui reviennent sont souvent les mêmes, le paysage marin bien sûr, mais surtout les rapports de force entre les personnages, l’empêchement des uns, le charisme des autres, et puis les renversements, les passages à l’acte. En fait, j’ai plutôt l’impression d’écrire toujours le même livre. Ce que j’essaie de varier, ce sont les scènes pour rejouer ces motifs : la scène policière, la scène familiale, la scène sociale. Et en changeant ainsi de théâtre, cela me permet de faire varier les formes d’écriture qui vont avec : quelquefois très distancière, quelquefois très immersive…


COMMENT NAISSENT VOS ROMANS ?

Je crois, dans une zone grise du cerveau, un épais brouillard où se dessinent lentement mille ombres qu’il faut apprendre à reconnaître, à fixer, à élire aussi parmi d’autres. C’est une affaire de persistance rétinienne. Je garde ce qui dure le plus longtemps, une silhouette, une maison, un geste fou. Et j’essaie de construire à partir de ça. Voilà qu’arrivent d’autres ombres encore plus nombreuses, et à nouveau il faut les regarder tomber, s’évanouir ou au contraire insister. Alors je leur dis : bon, si vous insistez...


DANS « ARTICLE 353 DU CODE PÉNAL », MARTIAL KERMEUR EST UN PÈRE PASSIF, DOMINÉ PAR SA VIE, PUIS VICTIME D’UN ESCROC. LES NOTIONS DE PATERNITÉ ET DE CELLULE FAMILIALE SEMBLENT VOUS INTERROGER…

Oui mais plutôt dans l’autre sens : l’incapacité à devenir père, comme on pourrait dire incapacité à devenir adulte. Pour moi, adulte, c’est plutôt une insulte. Ça veut dire maîtrise, raison, calcul. Le contraire de l’enfance bien sûr et donc le contraire de la poésie. C’est cela qui m’intéresse dans la cellule familiale : poésie vs ordre. Rejouer la brûlure inquiète de l’enfance et faire fondre par elle l’eau glacée des adultes.


LA DIMENSION SOCIALE DE CE ROMAN A-T-ELLE VOCATION À REPRÉSENTER LA FRANCE D’AUJOURD’HUI ?

Cela arrangerait tout le monde sans doute, moi le premier, mais je serais bien en peine de dire ce qu’est la France d’aujourd’hui. Je sais seulement que, comme partout et pour toujours, il y a des salauds et des victimes. Et encore ces rôles ne sont pas distribués pour la vie entière. Peut-être que Kermeur est le salaud de quelqu’un d’autre.


BREST EST SOUVENT LE DÉCOR DE VOS ROMANS. QUELLE RELATION ENTRETENEZ-VOUS AVEC CETTE VILLE ET AVEC LE DÉPARTEMENT DU FINISTÈRE ?

Celle d’une enfance sous cloche, comme ces petites boules de neige qu’on ramène en souvenir d’un voyage. Dans mon cerveau, il y en a une comme ça, avec Brest et le Finistère. Il y a juste un peu de crachin à la place de la neige.


 Tanguy Viel en Finistère...

Le vendredi 2 mars à 18h la médiathèque de Carantec

Le samedi 3 mars à 11h la bibliothèque de Concarneau

Rencontre notamment autour de son dernier roman "Article 353 du code pénal", la confession d'un ouvrier breton floué par la vie et conduit à l'irréparable.
Lire notre coup de coeur pour ce roman


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